Le mouflage d’un treuil consiste à faire passer le câble dans une poulie accrochée à un ancrage, puis à le ramener s’accrocher sur le véhicule. Deux brins tirent au lieu d’un : la traction est presque doublée, la vitesse est divisée par deux et le moteur force deux fois moins. Cette page te montre les quatre montages en schéma et le calcul de l’effort sur chaque pièce, poulie comprise.
La réponse courte
Mouflage simple (1 poulie, 2 brins) : environ 1,9 fois la traction du treuil, vitesse divisée par 2. Mouflage double (2 poulies, 3 brins) : environ 2,7 fois, vitesse divisée par 3. Renvoi d’angle : la poulie change seulement la direction. La poulie, la sangle et l’arbre encaissent jusqu’à 2 fois la traction du treuil : pour un treuil de 9 500 lbs (4,3 t), il faut une poulie donnée pour 8,6 t de charge de travail, pas de charge de rupture.
Qu’est-ce que le mouflage et pourquoi l’utiliser ?
Le mot vient de la moufle, l’assemblage de poulies des appareils de levage. Sur un treuil, le principe est le même : chaque brin de câble ajouté entre le véhicule et l’ancrage partage l’effort. Quand un brin part du treuil et qu’un second revient sur le véhicule, le véhicule est tiré par deux brins, et chacun ne porte que la moitié de l’effort.

Ce que le mouflage change :
- La force : presque doublée. Une poulie ordinaire perd environ 10 % par frottement, d’où 1,9 fois la traction du treuil plutôt que 2.
- La vitesse : divisée par deux, et il faut dérouler deux fois plus de câble pour la même distance.
- Le moteur et la batterie : pour sortir la même charge, le treuil tire environ deux fois moins d’ampères, mais deux fois plus longtemps. L’énergie prise à la batterie reste à peu près la même ; ce qui baisse, c’est la chauffe : moteur, contacteur et câbles dégagent environ deux fois moins de chaleur. Le détail est dans la consommation d’un treuil électrique.
- La première couche : la capacité annoncée d’un treuil vaut sur la première couche de câble du tambour et baisse d’environ 10 % à chaque couche ajoutée. Comme le mouflage oblige à dérouler plus de câble, tu tires plus souvent sur les couches basses, là où le treuil est le plus fort.
Schéma de mouflage de treuil : simple, double et renvoi d’angle
Les quatre montages de base, vus de dessus. Dans chaque cas, compte les brins de câble qui relient le véhicule à l’ancrage : c’est ce nombre qui multiplie la force, moins le frottement des poulies, et qui divise la vitesse.
| Montage | Traction | Vitesse | Câble à dérouler | Effort sur la poulie d’ancrage |
|---|---|---|---|---|
| Tirage direct (1 brin) | 1 × | normale | 1 × la distance | pas de poulie, 1 × sur l’arbre |
| Mouflage simple (1 poulie, 2 brins) | ≈ 1,9 × | ÷ 2 | 2 × la distance | ≈ 2 × |
| Mouflage double (2 poulies, 3 brins) | ≈ 2,7 × | ÷ 3 | 3 × la distance | ≈ 2 × (≈ 1,7 × sur la poulie du véhicule) |
| Renvoi d’angle (1 poulie, 1 brin) | ≈ 0,9 × | normale | tout le trajet | ≈ 1,4 × à 90°, 2 × si le câble repart en arrière |
Mouflage simple : une poulie, deux brins

C’est le montage à connaître. La poulie s’accroche à l’arbre par une sangle et une manille, le câble y fait demi-tour et son crochet revient sur un point d’ancrage du véhicule, à côté du treuil. Les deux brins doivent rester à peu près parallèles : plus ils s’écartent, plus la force utile baisse.
Mouflage double : deux poulies, trois brins

Une poulie sur l’ancrage, une seconde sur le point d’ancrage du véhicule, et l’extrémité du câble revient s’accrocher à l’ancrage, sur une deuxième sangle ou une deuxième manille. Trois brins tirent le véhicule : environ 2,7 fois la traction du treuil, trois fois moins vite. On lit parfois que deux poulies quadruplent la force : c’est faux, deux poulies donnent trois brins. Il faut une troisième poulie pour approcher 4 fois.
Ce montage consomme beaucoup de câble : chaque mètre entre le véhicule et l’arbre en coûte trois. Avec 28 m de câble et 5 tours gardés sur le tambour, l’arbre ne peut pas être à plus de 9 m environ.
Renvoi d’angle : changer la direction de traction

La même poulie sert aussi à faire tourner le câble. Quand le treuil ne peut pas être aligné avec le véhicule à sortir (chemin étroit, obstacle, véhicule tracteur placé de côté), le câble passe par une poulie accrochée à un arbre situé dans l’axe du véhicule bloqué. La force n’est pas multipliée, elle perd même environ 10 % dans la poulie, mais le véhicule est tiré droit.
L’effort sur la poulie dépend de l’angle : environ 1,4 fois la traction quand le câble tourne de 90°, presque rien s’il continue quasiment tout droit, 2 fois s’il repart en arrière comme dans un mouflage. Poulie de mouflage ou poulie de renvoi, c’est le même objet : on parle de mouflage quand le câble revient vers le véhicule pour multiplier la force, de renvoi quand il change seulement de direction.
Le matériel nécessaire
- Une poulie ouvrante (snatch block) : ses flasques pivotent pour passer le câble sans démonter le crochet. Charge de travail d’au moins 2 fois la traction du treuil : les modèles et leur vraie charge de travail sont dans notre comparatif des poulies de mouflage.
- Une sangle d’arbre d’au moins 7,5 cm de large : elle protège l’écorce et répartit l’effort. Jamais le câble directement autour du tronc : il entaille l’arbre et s’abîme lui-même.
- Une manille (manille lyre en acier ou manille textile) pour relier la sangle à la poulie, avec une charge de travail suffisante elle aussi : la taille de manille à prendre selon ton treuil est dans le tableau des charges de manilles.
- Des gants de manutention pour tenir le câble et le crochet.
- Un amortisseur de câble (couverture de treuillage, ou à défaut un blouson lesté) : posé sur le câble, il le plaque au sol s’il casse.
- Pour un mouflage double : une deuxième poulie et une deuxième sangle ou manille pour accrocher le retour du câble.
Manilles, sangles et amortisseurs sont regroupés dans les accessoires de treuil. Le choix entre câble acier et corde synthétique compte aussi : la corde est plus légère à manipuler et moins dangereuse si elle casse.
Procédure de mouflage pas à pas
- Sécurise le véhicule : frein à main serré, moteur qui tourne pour que l’alternateur soutienne la batterie, personne dans la zone de traction.
- Choisis l’ancrage dans l’axe du véhicule : un arbre vivant d’au moins 20 cm de diamètre, ou un autre véhicule freiné. Pose la sangle le plus bas possible sur le tronc, les deux œillets réunis dans la manille.
- Ouvre la poulie, passe le câble dans la gorge, referme-la et accroche-la à la manille. Visse l’axe de la manille à fond puis desserre-le d’un quart de tour : il ne se bloquera pas sous la charge.
- Ramène le crochet sur le véhicule, sur un point d’ancrage prévu pour la traction (anneau ou point de récupération fixé au châssis). Jamais sur un pare-chocs, une barre de toit ou une boule d’attelage.
- Mets le câble en tension doucement : les deux brins doivent être à peu près parallèles et le câble bien au fond de la gorge. Pose l’amortisseur sur le brin qui part du treuil, à mi-distance.
- Tire par séquences courtes, en aidant légèrement avec les roues sans les faire patiner, et laisse refroidir le moteur entre deux séquences comme l’indique la notice.
- Garde au moins 5 tours de câble sur le tambour : la fixation du câble au tambour n’est pas faite pour tenir la charge.
- Démonte dans l’ordre inverse une fois le véhicule sur sol ferme, puis réenroule le câble sous une légère tension pour qu’il ne s’écrase pas sur les couches du dessous.
Les erreurs à ne pas commettre
- Lire la charge de rupture comme une charge de travail : une poulie vendue « 14,5 T » est donnée pour 7,3 t en usage normal. C’est l’erreur la plus fréquente, voir la règle juste après.
- Oublier que l’ancrage prend le double : en mouflage simple, l’arbre, la sangle, la manille et la poulie encaissent jusqu’à 2 fois la traction du treuil. Un arbre mort, pourri ou de moins de 20 cm de diamètre ne tient pas.
- Se placer dans l’axe du câble : si une pièce casse, le câble et la poulie partent dans la direction de traction. Dans un renvoi, la zone dangereuse est l’intérieur de l’angle. Une télécommande sans fil de treuil te laisse piloter de côté, hors de ces deux zones, là où la commande filaire te retient à 3 ou 4 m du treuil.
- Accrocher le crochet n’importe où : pare-chocs, barre de toit et boule d’attelage ne sont pas faits pour cet effort.
- Serrer la manille à bloc ou la laisser à moitié vissée : un axe bloqué ne se démonte plus, un axe mal vissé peut se dévisser.
- Moufler sans regarder la longueur de câble : il en faut deux fois la distance en mouflage simple, trois fois en double, plus 5 tours sur le tambour.
- Croire qu’on peut moufler sans ancrage : il faut toujours un point fixe extérieur (arbre, rocher, autre véhicule, ancre de sol). Sans lui, la poulie n’a rien sur quoi s’appuyer.
La poulie : la charge de travail avant tout
Dans un mouflage simple, la poulie, sa manille et la sangle encaissent jusqu’à 2 fois la traction du treuil. Leur charge de travail doit donc valoir au moins ce double : 8,6 t pour un treuil de 9 500 lbs (4,3 t), 10,9 t pour un 12 000 lbs. Attention au chiffre écrit en gros sur la poulie : c’est presque toujours la charge de rupture, et la charge de travail en vaut la moitié.
Prends une poulie ouvrante, qui se monte sans démonter le crochet, avec une gorge à ton diamètre de câble ou de corde. Les modèles disponibles, leur charge de travail réelle et celui qui convient à ton treuil sont dans notre comparatif des poulies de mouflage.
Calcul de charge et choix de la poulie
Avec un rendement de 90 % par poulie, la traction reçue par le véhicule vaut : tirage direct = T, mouflage simple = 1,9 × T, mouflage double = 2,71 × T, renvoi = 0,9 × T, T étant la traction du treuil. L’effort sur une poulie vaut 2 × T × sin(déviation ÷ 2) : 2 T si le câble repart en arrière, 1,41 T s’il tourne de 90°, 1 T s’il tourne de 60°.
Exemple : un treuil de 9 500 lbs (4 309 kg) mouflé tire environ 8 190 kg au véhicule ; la poulie, la sangle et la manille de l’arbre reçoivent jusqu’à 8 620 kg. Fais le calcul avec ton treuil :
Calculateur
Combien tire ton montage, et quelle poulie il lui faut
Rendement de 90 % par poulie. Capacité du treuil prise sur la première couche de câble, comme sur les fiches.
Pour savoir quelle traction il te faut au départ selon le poids du véhicule et le terrain, utilise le calculateur de capacité de treuil ou le guide quelle puissance de treuil choisir.
Mouflage triple ou à 4 brins : combien gagne-t-on vraiment ?
Un mouflage à 3 brins multiplie la traction du treuil par 2,7, un mouflage à 4 brins par 3,4 et à 5 brins par 4,1, avec un rendement de 90 % par poulie. Chaque brin ajouté rapporte moins que le précédent, parce que chaque poulie perd une part de l’effort en frottement, et la vitesse est divisée par le nombre de brins.
| Montage | Poulies | Traction au véhicule | Avec un treuil de 9 500 lbs (4 309 kg) | Vitesse | Câble enroulé pour avancer de 10 m |
|---|---|---|---|---|---|
| Tirage direct, 1 brin | 0 | 1 × T | 4 309 kg | normale | 10 m |
| Mouflage simple, 2 brins | 1 | 1,9 × T | 8 190 kg | ÷ 2 | 20 m |
| Mouflage double, 3 brins | 2 | 2,71 × T | 11 680 kg | ÷ 3 | 30 m |
| Mouflage à 4 brins | 3 | 3,44 × T | 14 820 kg | ÷ 4 | 40 m |
| Mouflage à 5 brins | 4 | 4,10 × T | 17 650 kg | ÷ 5 | 50 m |
Deux limites arrivent vite. La longueur de câble d’abord : un treuil livré avec 26 m de corde n’avance que de 5 à 6 m en 4 brins, une fois retirés les tours à garder sur le tambour (5 tours de câble acier ou 10 tours de corde synthétique, d’après Warn). L’ancrage ensuite : il reçoit à peu près la force qui arrive au véhicule, soit près de 15 t en 4 brins avec un 9 500 lbs. Peu d’arbres, de sangles et de manilles tiennent ça. Au-delà du mouflage double, rapprocher l’ancrage ou prendre un treuil plus gros rapporte presque toujours davantage.
Le rendement de 90 % correspond à une poulie de treuil en bon état, qui tourne librement. Petzl rappelle que le rendement réel d’une poulie peut aller de 50 % à 98 % environ : une poulie grippée ou une gorge trop étroite fait fondre le gain.
Moufle de levage et mouflage de treuil : quelle différence ?
Un moufle de levage regroupe plusieurs poulies dans un même bloc pour soulever une charge à la verticale, comme sur un palan. Le mouflage de treuil utilise des poulies séparées pour tirer une charge au sol. Le principe est le même, chaque brin partage l’effort, mais pas le matériel : le frein d’un treuil de traction n’est pas fait pour retenir une charge suspendue.
Pour lever, il faut un palan électrique avec sa charge maximale d’utilisation marquée, pas un treuil mouflé ni un moufle fabriqué maison dont personne ne connaît la charge de travail.
Mouflage selon l’usage : 4×4, quad, forestier, remorque
4×4 et SUV
C’est l’usage le plus courant : un treuil de 9 500 à 12 000 lbs mouflé sort un 4×4 enlisé jusqu’aux essieux sans forcer. Les capacités conseillées selon le poids du véhicule sont dans le guide du treuil électrique 4×4.
Quad et SSV
Les treuils de quad (2 000 à 4 500 lbs) gagnent le plus au mouflage : ils sont petits, chauffent vite et ont peu de câble. Avec 15 m de câble, l’ancrage doit être à moins de 7 m environ en mouflage simple. Voir le treuil électrique pour quad.
Forestier
En forêt, la poulie de renvoi sert surtout à tirer une grume dans l’axe du treuil en contournant les arbres, ou à décoller un tronc coincé en le mouflant. La poulie s’accroche au pied d’un arbre solide avec une sangle, jamais sur un arbre que tu abats. Les montages de débardage sont sur le treuil électrique forestier.
Remorque et porte-voiture
Sur une remorque, la poulie s’accroche au véhicule à charger et le câble revient s’ancrer à l’avant du plateau : le treuil tire presque deux fois plus fort pour monter une voiture en panne sur la rampe. Voir le treuil électrique pour remorque.
Treuil manuel et tire-fort
Le mouflage marche aussi sans moteur : un tire-fort de 1 600 kg mouflé tire près de 3 200 kg en théorie, deux fois plus lentement, avec une poulie donnée pour au moins 3,2 t. Le montage est détaillé sur la page consacrée au tire-fort. Même principe pour un treuil manuel.
Sans arbre : les autres ancrages
Pas d’arbre dans l’axe ? Un autre véhicule freiné et calé fait un bon ancrage, un gros rocher bien enterré aussi. En sable ou en terrain nu, on enterre une roue de secours ou une ancre de sol en travers de la traction (corps-mort). Dans tous les cas, il faut un point fixe extérieur : un véhicule ne peut pas se moufler sur lui-même. Le détail est dans le guide des points d’ancrage et les règles de sécurité du treuillage.
FAQ
Peut-on moufler avec une corde synthétique ?
Oui, et c’est plus sûr qu’avec du câble acier : la corde stocke moins d’énergie et retombe si elle casse. Il faut une poulie au réa lisse, sans bavure, et une gorge à son diamètre. Évite une poulie qui a longtemps servi avec du câble acier : ses rayures coupent les fibres.
Le mouflage abîme-t-il le câble ?
Pas plus qu’un tirage direct si la gorge de la poulie correspond au diamètre du câble et que la poulie tourne librement. Ce qui l’abîme : une gorge trop étroite, une poulie grippée sur laquelle le câble glisse, un brin qui frotte sur un rocher, et un réenroulement sans tension qui l’écrase sur le tambour.
Faut-il graisser une poulie de mouflage ?
Seulement si elle a un graisseur sur l’axe : quelques coups de pompe après un usage dans la boue ou l’eau. Une poulie à roulement étanche ne se graisse pas. Dans les deux cas, rince-la à l’eau claire et laisse-la sécher ouverte avant de la ranger.
Poulie de renvoi et poulie de mouflage, c’est la même chose ?
Oui, c’est la même pièce : une poulie ouvrante qu’on accroche à l’ancrage, appelée snatch block en anglais. On parle de mouflage quand le câble revient vers le véhicule pour multiplier la force, et de renvoi quand la poulie ne fait que changer la direction du câble.
Peut-on fabriquer sa propre poulie de mouflage ?
Pas pour du treuillage. Une poulie de mouflage encaisse jusqu’à 2 fois la traction du treuil, soit 8,6 t pour un 9 500 lbs. Une poulie faite maison n’a ni charge de travail connue ni flasque ouvrante éprouvée, et si elle casse elle part comme un projectile. Les modèles à la bonne charge de travail sont dans notre sélection de poulies de mouflage.
Sources et méthode
Les rapports de traction et les efforts sur les poulies sont calculés avec les règles de la mécanique des poulies, pour un rendement de 90 % par poulie. Les charges de travail et de rupture viennent des fiches des fabricants, relevées sur Amazon.fr le 4 octobre 2026. Le rendement réel des poulies vient de la fiche technique Petzl sur le rapport de mouflage, les tours minimum sur le tambour de Warn. La notice de ton treuil et celle de ta poulie priment toujours.



